Contre l’abattage sans étourdissement

Le mot gaia existe depuis des milliers d’années. En ancien hébreu, gaia signifie « vie consciente » (= animaux) et en arabe, « vie ». Dans la mythologie grecque, Gaia était la déesse mère de la terre, et l’origine de toute forme de vie. Depuis 1992, GAIA (l’asbl Groupe d’Action dans l’Intérêt des Animaux) milite en faveur des animaux, sensibles à la douleur et à la peur. www.gaia.be

gaia

Souvenirs de Bruxelles – Histoire & origine de Manneken-Pis

  1. Histoire & origine de Manneken-Pis suivi de L’historique de la place des Martyres et de l’Eglise de Saint-Gudule…
  2. Préface


  3. Le Manneken-Pis est, comme on sait, le plus fidèle habitant et le plus ancien bourgeois de Bruxelles.
  4. Pour le Manneken-Pis, la patrie c’est le coin de la rue de l’Etuve et de la rue du Chêne, à Bruxelles.
  5. Il a été Bourguignon sous les ducs de Bourgogne ; Allemand sous Maximilier; Espagnol sous Charles-Quint, Autrichien sous Marie-Thérèse ; républicain en 1794, Français sous Napoléon ; quasi-Hollandais sous Guillaume ; Belgge sous Léopold ; et jamais on ne l’a vu plus satisfait qu’aujourd’hui.
  6. Tout le monde sait que le Manneken-Pis est la gracieuse représentation en bronze d’un petit homme (Manneken), d’un enfant haut d’une coudée, d’un amour fixé dans nos murs, car il n’a pas d’ailes, occupé à pisser, et produisant ainsi un filet d’eau limpide.$Il est élévé sur un piédestal, enchâssé dans une coquille de non goût, garanti par une grille en fer, et pisse depuis des temps très reculés ; il est habituellement nu : les étrangers verront bientôt qu’on l’habille en noble Seigneur et Garde-civique aux jours de grandes fêtes.
  7. Histoire et origine de Manneken-Pis

  8. Toutes les villes comptant un passé antique, possédaient autrefois quelque vénérable souvenir, cher au cœur des habitants, et dont les origines se perdaient dans la nuits des légendes.

    Paris avait sa Samaritaine, resplendissant sur le Pont-Neuf ; son joyeux carillon rassemblait les oisifs et les chanteurs. Bien des gens du peuple de Paris n’ont jamais pardonné à Napoléon Ier de leur avoir enlevé ce vieux souvenir de la cité. Gand tient à son Gros Canon, Liège à son Perron, et Bruxelles conserve avec un soin jaloux le palladium de ses ancêtres, représenté jadis par une naïve statue de pierre connue sous le nom de Fontaine du Petit Julien.
  9. L’Europe dans ses grandes prétentions à la moderne civilisation, a supprimé presque partout avec dédain ces antiquités, pou les remplacer par de froides colonnes ; toutefois nous doutons fort que même la Colonne du Congrès puisse jamais atteindre l’âge respectable de notre Petit Julien !
  10. « Plus constants et plus sages, dit l’auteur de la Chroniques des rues de Bruxelles, les Belges ont su respecter ce qu’avaient affectionné leurs pères ; et sans nous occuper ici des autres villes du royaume, le Manneken-Pis n’a rien perdu parmi nous de sa splendeur des autres siècles. Nous l’honorons toujours comme le plus ancien bourgeois de Bruxelles ; nous le recommandons à tout étranger qui visite notre facétieux petit compatriote.
  11. On s’est beaucoup occupé de cette petite statue très célèbre sous le nom de Manneken-Pis, qui est, comme l’on sait, la gracieuse représentation en bronze d’un petit homme (Manneken), d’un enfant haut d’une coudée, « d’un amour fixé dans nos rues, dit un de ses panégyristes, car il n’a pas d’ailes, occupé à… fonctionner et reproduisant ainsi un filet d’eau limpide ».
  12. Il est élevé sur un piédestal, enchâssé dans une coquille de bon goût, garanti par une grille en fer, et… fonctionne depuis des temps très reculés au coin de la rue de l’Etuve et de la rue du Chêne.
  13. Tous ceux qui ont écrit sur les faits et gestes du vieux Bruxelles lui ont consacré au moins un chapitre, et nous manquerions à tous nos devoirs, si nous ne suivions pas le bon exemple de nos devanciers, en rappelant à nos lecteurs fin de siècle le souvenir de cet ancien bourgeois de Bruxelles, qui a fait la joie de nos ancêtres. Des volumes ont été publiés, racontant par le menu les diverses légendes des origines de ce petit bonhomme qui, pendant des siècles , a excité les sympathies bruxelloises.
  14. Les plus savantes recherches, toutefois, ne sont point parvenues ) fixer d’une façon précises les commencements du culte de cette quasi-divinité du vieux Bruxelles. Elles n’ont servi qu’à constater toutes sa très haute antiquité.
  15. Une des légendes les plus répandues veut que la fontaine du Manneken-Pis ait été élévée par un riche bourgeois de Bruxelles – d’aucuns disent même un duc de Brabant – qui, ayant perdu dans une fête populaire son fils unique âgé de trois à quatre ans et qu’il aimait beaucoup, le retrouva au bout de cinq jours au coin de la rue de l’Etuve, occupé à… fonctionner comme il le fait encore.
    D’autres, plus amis du merveilleux, font intervenir dans son origine une légende de sorcière.
  16. Quelques savants assurent que cette statue a été élevée en l’honneur d’un petit garçon qui sauva la ville de Bruxellesn vers le treizième siècle, en éteignant une mèche au moyen de laquelle les ennemis voulaient y mettre le feu. Il éteignit cette mèche en l’arrosant dans la position où nous le voyons encore aujourd’hui, tout comme Gulliver en usa su le palais impérial de Lilliput !
    En ce temps de dynamite, cette façon d’éteindre une mèche mériterait certes encore l’honneur d’une statue.
  17. D’autres histoires, plus merveilleuses les unes que les autres, circulent sur ce sujet. Nous renvoyons nos lecteurs curieux de détails aux abondantes monographies du petit homme. Tout cela prouve, comme je l’ai dit, une antiquité respectable.
  18. D’après le savant archiviste de la ville, ces légendes et histoires du Manneken-Pis bruxellois sont de purs contes, et son origine, qui n’offrit sans doute rien de particulier, est complètement inconnue.
  19. « Sa forme, dit-il, doit être attribuée à une de ces bizarreries d’artiste si goûtées de nos aieux » .
    Quoi qu’il en soit, il paraît bien établi que cette fontaine déjà citée sous le nom de Manneken-Pis en 1452, portait aussi à la même époque le nom Fontaine du Petit Julien. Elle était alors décorée d’une statue en pierre.
  20. Ce fut le 13 août 1619 que le célèbre sculpteur Jérôme Duquesnoy fut chargé par les receveurs de faire une nouvelle statue en bronze du Manneken-Pis, pour le prix de 50 florins du Rhin, et qu’il produisit la charmante œuvre que l’on admire encore aujourd’hui.
  21. En 1747, les Anglais venus à Bruxelles, toujours amateurs d’originalités, emportaient le Manneken-Pis dans un fourgon, quand les habitants de Grammont trouvèrent le moyen de le reprendre en secret, et après que l’ennemi eût quitté la contrée, ils l’exposèrent sur la Grand Place de leur ville, où l’on peut encore en voir une copie, l’original ayant été bientôt réclamé par les Bruxellois.
  22. Peu de temps après, Louis XV entra à Bruxelles. Les Français à leur tour volèrent la petite statue qu’ils ne tardèrent pas à trouver embarrassante, devant l’émoi et la colère de la population bruxelloise.
  23. Ils la déposèrent à la porte d’un cabaret, au coin de la Petite-Ile. Cet événement qui avait causé une grande fermentation dans Bruxelles, faillit s’aggraver encore. Le petit bonhomme, remis en place, fut insulté par quelques grenadiers français ; Louis XV, pour éviter une grave collision, fut obligé d’intervenir. Il donna au Manneken-Pis un habit de chevalier, avec le droit de porter l’épée ; il lui conféra la noblesse personnelle – il ne manquait plus que de la donner à ses descendants ! – et le décora de la Croix de Saint-Louis, ce qui imposa aux troupes la nécessité de le respecter, même de lui rendre le salut militaire.
  24. Une fois encore au commencement dde ce siècle, en 1817, volé par un forçat libéré, nommé Lycas, Manneken-Pis fut heureusement retrouvé, avec la même chance heureuse qui nous l’a conservé jusqu’ici.
  25. Le voleur fut condamné aux travaux forcés, comme destructeur de monuments publics !
    Un fait prouve combien la conservation du plus ancien bourgeois de Bruxelles est, dans l’opinion populaire, le gage de la prospérité de la ville : c’est lors du bombardement de la vieille cité par le maréchal de Villeroy, la première chose mise en lieu sûr, à l’abri des bombes de Louis XIV, ce fut la statue de l’antique Petit Julien.
    Le 10 avril 1695, les bourgeois de Bruxelles le replacèrent sur son piédestal, au milieu d’un grand enthousiasme.
  26. A maintes reprises, du reste, ce symbole du porte-bonheur de la cité fut l’objet de grandes distinctions. Les faveurs de Louis XV avaient eu des précédents. Déjà en 1698, l’Electeur de Bavière lui donna de riches habits, lors d’une fête offerte par ce prince au Grand Serment des Arquebusiers. L’empereur Maximilien le décora de ses ordres. Après l’expulsion des Autrichiens, on le para en 1789 de la cocarde de Brabant. Napoléon Ier sollicité de lui accorder aussi une faveur, lui conféra le titre de chambellan.
  27. Des poètes lui ont dédié leurs ouvrages ; des parfumeurs ont illustré de son nom leurs eaux de senteur ; de riches bourgeois et des princes lui ont constitué des rentes. Vers 1822 encore, une dame de Bruxelles lui laissait mille florins dans son testament !
  28. Il possède huit habits de grande tenue, sans compter la blouse patriotique de 1830 ; son valet de chambre, chargé de sa toilette et nommé par la commune de Bruxelles, touche par an deux cents florins de gage.
  29. Il a parfois inspiré les rimeurs, voici un quatrain composé en son honneur par un écrivain de l’an XI.
  30. Ma nudité n’a rien de dangereux.
    Sans péril, regardez-moi faire ;
    Je suis ici comme l’enfant heureux
    Qui fait pipi sur le sein de sa mère.
  31. Il y a quelques années ce poste de confiance était occupé par M. Théodore Delsaux, inspecteur général des eaux de la ville de Bruxelles. Il nous a été donné à cette époque de pouvoir visiter la garde-robe du Petit-Julien, précieusement conservée dans une armoire de l’Hôtel de Ville, et nous pouvons certifier qu’il possédait alors, entre autres souvenirs d’une munificence royale : un jabot et des manchettes en dentelles du plus fin point de Bruxelles.
  32. Enfin, ses revenus assez considérables sont assis sur des biens fonds, et ce n’est pas notre précieux Manneken-Pis qu’on eût jamais attrapé à se faire nommer administrateur des sociétés du comte Lagrand-Dumonceau, ni à placer ses revenus en actions de Panoramas. L’administration de ses biens est confiée à un avocat distingué de Bruxelles. En 1843 ; M. L’avocat Strass occupait ces fonctions aussi recherchées que, de nos jours, celles d’aide de camp du général Belliard.
  33. Les étrangers comprennent plus difficilement l’enthousiasme des Bruxellois pour cet antique palladium, considéré comme le dieu protecteur de la cité. Il est curieux de réunir leurs impressions. Un auteur anglais, en 1843, écrivait ces lignes : « Derrière l’Hôtel de Ville de Bruxelles se trouve la célèbre statue nommée le Manneken-Pis (sic) ; une statue beaucoup plus inconvenante( indélicate) que gracieuse, et à laquelle je n’aurais certainement fait aucune allusion, si ce n’était que cette petite figure indécente est considérée par le peuple de Bruxelles comme une sorte de patron de la ville, un dieu du foyer domestique sans lequel leur cité se perdrait ».
  34. Ce qui n’empêche pas l’auteur anglais de consacrer six pages de son volume à notre indécent Manneken-Pis !
  35. Dix ans plus tard, un écrivain français juge le même sujet avec une légèreté toute parisienne.
  36. « Nous ne saurions, dit-il, décemment omettre, en fait de monuments ou de curiosités bruxelloises, le Manneken-Pis. Qui ne connaît, au moins de réputation, cette facétie locale, d’un sel un peu gros et d’une définition assez embarrassante en la prude langue française ? Le Flamand ne connaît aucune de nos vergognes ; le Flamand dans les mots brave l’honnêteté. Hier is’t verboden te pissen est une inscription qui se lit fréquemment sur les monuments publics. Or le Manneken-Pis est l’ornement assez flamand d’une assez hideuse fontaine (oh ! oh !) formant l’angle des rues de l’Etuve et du Chêne. La statuette elle-même est jolie ; elle est de Duquesnoy, en bronze, et a été substituée au XVIIe siècle à une précédente en pierre, qui existait là de temps immémorial. Il n’est sorte de contes qu’on n’ait fait à propos de cette petite impudicité artistique. »
    Puis l’auteur continue :
  37. « C’était le palladium de la ville, comme l’est le fameux Perron à Liège ; y toucher eût été comme porter la main sur les dieux-oignons ou dieux chats de l’Egypte. Ce qu’il y a de certain, c’est que cette gaillardise très hardie (sic) a été depuis plusieurs siècles et est encore parfois un prétexte de plaisanteries.
    « Le Manneken-Pis est chevalier de je ne sais combien d’ordres. A certains grands jours on l’habille de pied en cap ; on lui met l’épée au côté et ses crachats en sautoir. C’est dans cet équipage qu’il remplit son office de borne-fontaine : le quartier ne se sent pas d’aise et les passants rient à se tordre. Voilà un beau sujet de gaieté, en effet. Plusieurs souverains ont cru faire leur cour aux Bruxellois en flattant cette assez ridicule manie, et c’est ainsi que ce petit bonhomme est à lui tout seul chambellan de l’Electeur de Bavière, chevalier de St-Louis, grenadier de la garde, officier de la garde-civique, etc.
    « Pour le Manneken-Pis, la patrie c’est le coin de la rue de l’Etuve à Bruxelles. Il a été Bourguignon sous les ducs de Bourgogne ; Allemand sous Maximilien ; Espagnol sous Charles-Quint ; gueux pendant les troubles ; Autrichien sous Marie-Thérèse ; Républicain en 1794 ; Français sous Napoléon Ier ; quasi Hollandais sous Guillaume ; Belge sous Léopold, et jamais on ne l’a vu plus satisfait qu’aujourd’hui ! »
  38. Historique de la place des Martyrs

  39. - Citoyens ? disait à des groupes de bruxellois un habitant de Malines :
    « Quand l’oppression est au comble, l’insurrection est le plus saint des devoirs… »
    Un bravo prolongé retentit dans la Place-Verte, qu’on appelait aussi Place Saint-Michel, où les groupes fermentaient d’indignation. C’était le 22 septembre 1830.
  40. - Les Hollandais arrivent, dit alors la voix puissante d’un ouvrier qui venait de Vilvorde.
  41. - Ils jettent le gant, s’écria un jeune avocat, nous saurons le relever. Depuis le 29 août nous avons exposé nos griefs. Il y a longtemps que nous vivons dans une sorte d’ilotisme, et que nous allons stupidement à le suite d’un peuple qui n’est pas fait pour nous commander.
  42. - D’un peuple de Hollandais, de Néerlandais, dit un libraire.
  43. - Des habitants de marécages, dit un marchand de poisson, des canards, des grenouilles, qui sont tout et nous rien.
  44. - Ne sommes-nous plus les Belges, dit le Malinois ?
  45. - J’en douterais, dit un paysan d’Uccle. Nous avons laissé passer tant d’années sans nous lever tous contre les rapines ! Oubliez-vous la loi de la mouture ? Loi atroce, par laquelle le pauvre, qui veut manger, ne peut faire moudre son blé qu’il a semé lui-même, sans payer d’avance, en espèces, un droit exorbitant à de rudes agents du fisc ! Tyrannie cruelle, d’avoir son sac d’orge ou de seigles, et si, à côté on manque d’argent, de se sentir obligé de mourir de faim…
  46. - N’a-t-on pas assez crié contre cette loi hideuse ?
  47. - Mais personne n’a écouté nos cris.
  48. - Un homme contre un peuple, c’est une insulte horrible. Nous ne l’avons endurée que trop longtemps.
  49. - Et les écrivains qui nous ont défendus, comment les a-t-on traités ?
  50. - En prison, enchaînés, bannis.
  51. - Et la liberté même de la parole ?
  52. - Enlevée. On nous renvoyait à l’école, dit un Liégeois. On nous imposait à tous le patois de La Haye et d’Amsterdam.
  53. - Et tous les emplois occupés par des Hollandais !
  54. - Et tous les honneurs aux crapauds de la Néerlande !
  55. - Tout notre argent pour leurs digues : que ne puissent-elles crever et les angloutir avec leur Nassau dont nous ne voulons pls !
  56. - Et ce rois, si avare et si riche, qui a fait reconnaître les vieilles dettes de la Hollande, qui les a rachetées pour rien, et qui a rempli ses coffres. Il en a des millions, celui-là.
  57. - C’est notre sang à nous. Et nos représentants qu’on outrage à La Haye ?
  58. - Il ont voulu faire à Mrs de Stassart et de Gerlache ce qu’ils ont fait aux frères de Witt.
  59. Il y a d’autres plaintes à porter, reprit l’habitant de Malines : je répète l’insurrection…
  60. - Et l’insurrection en masse, cria un forgeron. Voilà les Hollandais qui arrivent. Voilà le prince Frédéric qui vient nous mitrailler Vous voyez que ça souffle ferme.
  61. Concitoyens, on nous traite de rebelles. On se figure qu’on nous tient dans l’étau. Et, en effet, s’ils entrent dans Bruxelles, l’affaire est sur l’enclume. C’est à nous de battre le fer pendant qu’il est chaud.
    – Souvenons-nous de nos pères, reprit l’avocat en montant sur un banc. Ils ont secoué le joug de Joseph II ; ils ont tenu tête quarante ans à l’Espagne ; ils ont pris sept années des dix que les Romains employèrent à conquérir les Gaules. César les appelait les plus braves des hommes : fortissimi omnium Belgae. Ils ont toujours été les plus libres. Concitoyens, la mort n’est rien ; la liberté est tout. Aux armes donc ; il faut en finir, citoyens !
  62. Et tous coururent aux armes. Depuis la vieille, le peuple s’occupait à reconstruire les barricades, que le cri d’indépendance jeté au théâtre, le 25 août, à la représentation de la La Muette de Portici, avait fait élever de toutes parts dans la ville. Les vieillards, les femmes et les enfants y mirent la main. On dépava les rues avec une rapidité électrique. On fit partout des barrières ; des charrettes renversées, des diligences, des portes, des tonneaux, des poutres, des tables, devinrent des retranchements.
  63. Dans la prévision d’une guerre des rues, on munit de pavés, de pierres et de briques les étages supérieurs des maisons ; ce n’était plus la tranquille et joyeuse Bruxelles, qui nous sourit aujourd’hui gaie et coquette ; c’était un camp où la pensée unique semblait se porter sur les moyens d’amasser des munitions et des armes. Chaque maison devenait un arsenal et un fort ; chaque carrefour voulait sa redoute. On tirait de leur gaine les vieux sabres, les épées endormies ; on essayait le mousquet et le fusil ; on polissait la carabine ; on nettoyait l’arquebuse et l’arbalète ; on dérouillait la hallebarde antique ; on improvisait des armes ; les uns partageaient la poudre ; d’autres fondaient des balles ; à défaut de plomb, on vit le brillant plat d’étain, le pot si longtemps enivré de faro, les innocentes assiettes converties en projectiles qui devaient donner la mort. Pour l’œil observateur qui put voir ces apprêts, Bruxelles et la Belgique étaient dès ce jour-là séparées de la Hollande.
  64. La plupart des braves que nous avons entendus sur la place Saint-Michel avaient juré, en se séparant, de se retrouver au même lieu, après la victoire, pour justifier leur conduite. Tous les citoyens se surveillaient et se maintenaient, se partageaient comme frères les munitions et les vivres, et se prêtaient force et appui. A la vérité, il y avait eu entre les bourgeois et le peuple un moment de désaccord. Lorsque le 19 septembre, les patriotes eurent déchiré la proclamation insultante du prince Frédéric, lorsque les Liégeois venus à l’aide de Bruxelles eurent demandé à la régence des armes pour le peuple, des bourgeois armés, repoussèrent un moment la foule ; et quoique les Hollandais ne fussent pas encore dans la ville, quelques pavés de la Grande-Place furent teints du sang bruxellois.
  65. Mais il y avait, dit-on, des hommes qui voulaient livrer Bruxelles à Guillaume ; leur projet fut bien vite étouffé ; le peuple désarma des postes, envahit l’Hôtel-de-Ville et se procura des armes.
    Une autre proclamation du prince Frédéric, datée d’Anvers le 21 septembre, parvint le 22 à Bruxelles ; elle annonçait l’entrée des Hollandais pour le lendemain.
  66. Et le 23 septembre, premier jour de nos grandes journées, on apprit de bon matin qu’une division de l’ennemi attaquait Louvain, qui secondait notre mouvement, pendant que le reste de l’armée s’avançait sur la capitale.
  67. Le tocsin aussitôt haleta dans toutes les tours, tous les clochers semblaient bondir ; le tambour jetait l’alarme dans toutes les rues ; à sa voix violente et morne, le peuple se levait ferme et résolu.
  68. On voyait courir et s’agiter dans tous les sens, avec la même pensée, la foule silencieuse et grave. Les femmes même éprouvaient l’énergie de ce moment suprême. Les plus ardents Bruxellois, impatients de joindre l’ennemi, s’élancent dans la campagne ; ils sont repoussés par la mitraille et les feux roulants de la mousqueterie.
  69. A huit heures du matin, quatre attaques furent dirigées à la fois contre la ville. L’ennemi pénétrait dans Bruxelles par quatre portes.
    Ceux qui entrèrent par la porte de Flandre s’avancèrent jusqu’au Marché aux Cochons, qui leur devint funeste ; car ayant fait feu sur les bourgeois, ils furent vaillamment repoussés par le peuple, mis en déroute, obligés de fuir ; de toutes les fenêtres la colère populaire tomba sur eux ; des débris, des meubles même, des poêles entiers, des tiroirs de commode étaient lancés sur les satellites du roi de Hollande, qui, de ce côté, évacuèrent la ville.
  70. Leurs frères d’armes ne furent guère plus heureux à la porte de Laeken, qui dès lors ne s’appela plus Porte-Guillaume. Des braves s’étaient rassemblés à l’Allée-Verte, d’où ils tombèrent sur eux et les mirent en désordre. D’autres s’étaient avancés par la porte de Louvain, eurent de grands combats à soutenir et subirent un notable échec à la place d’Orange, nommée depuis place des Barricades.
  71. Mais le succès fut pour la Hollande à la porte de Schaerbeek. Le canon hollandais balayant tout devant lui, l’obus ayant dans la longue et belle rue qui vient en ligne droite de la porte de Schaerbeek à la Place Royale un vaste rayon pour se développer, après deux heures d’efforts, les Hollandais parvinrent jusqu’au Parc, où ils se retranchèrent. Alors une pluie fine, épaisse et triste, vint mettre le comble au découragement momentané que cette invasion produisit.
  72. Il y eut de l’effroi dans la cité. L’Hôtel de Ville abandonné présentait l’aspect le plus sinistre. Un seul homme y restait, debout devant le drapeau qu’il protégeait de son corps, de son grand pistolet et d’un long sabre. Bruxelles n’avait plus de magistrats.
  73. Cependant le sang belge ne se refroidit point ; et sous la mitraille de l’ennemi, qui avait au Parc vingt-six pièces de canon, les Bruxellois gardèrent encore la Place Royale.
    Les Hollandais cependant avaient conservé la porte de Louvain ; ils avaient pris la porte et le haut de la rue de Namur ; ils occupaient les boulevards. Et au milieu d’aux, investis par leurs canons, une poignée de Bruxellois et de Liégeois s’étaient retranchés dans les murs naissants de l’Observatoire, que l’on construisait alors, et dont leur intrépidité faisait une forteresse ; ils y soutinrent un long siège, et n’en sortirent qu’en faisant des trouées dans plusieurs postes.
  74. Le vingt quatre septembre se leva plus serein ; le soleil parut et s’efforça d’éclairer nos efforts. Les revers de la première journée n’avaient pas abattu nos défenseurs. Ils avaient repris dans la nuit de la vigueur et de la confiance. Ceux de Louvain, ayant repoussé l’ennemi, nous envoyaient du renfort.
  75. Nos frères de Hal, de Wavre, de Gosselies, de Nivelles, de Genappe arrivaient et marchaient droit au Parc. Il en vint d’Ath, de Leuze, de Tournai, de Soignies, de Mons, de Charleroi, de Namur ; il en vint de Roulers, de Jodoigne et de Tirlemont ; et tous les peuples de l’Union Belgique prouvèrent en ces jours-là qu’ils n’étaient qu’une grande famille. Le peuple raffermi attaqua les Hollandais dès le matin ; on leur reprit le haut de la rue de Namur ; on les chassa de plusieurs maisons autour du parc.
  76. A tout instant de nouveaux bataillons de combattants arrivaient. Si ces hommes étaient sans discipline et sans chefs, ils avaient ce qui supplée à tout : le courage décidé à vaincre. Partout on publiait des proclamations patriotiques ; on chantait des hymnes de combat ; on improvisait des harangues militaires ; de simples bourgeois devenus poètes par enthousiasme parlaient la langue des dieux ; on récitait des vers héroïques au son du tambour. L’avocat que nous avons vu le 22 à la place Saint-Michel, y rassembla le 24 une centaine d’hommes de la rue Haute ; et avant des les mener à l’ennemi, il leur déclama cette imitaition de Tyrtée :
  77. Citoyens ! gloire au brave ! il vivra dans l’histoire ;
  78. Il vivra. L’avenir fêtera sa mémoire.
  79. L’homme libre qui meurt parmi les combattants,
  80. S’il meurt pour son pays, s’il meurt aux premiers rangs
  81. Il attache à son nom l’auréole immortelle,
  82. Mais au lâche qui fuite, honte ! honte éternelle !
  83. Sa vieille mère en pleurs ne voudra plus le voir
  84. Sa femme et ses enfants, sous le vêtement noir,
  85. Porteront le long deuil de sa gloire perdue :
  86. Le peuple, à son aspect, détournera la vue ;
  87. Et les enfants diront : c’est le lâche, c’est lui !
  88. Il pouvait être libre et mourir. Il a fui…
  89. Voyez-vous ce soleil, gage de la victoire,
  90. Il est redevenu fidèle à notre gloire.
  91. Fut-il jamais plus pur ? Fut-il jamais si beau ?
  92. Son éclat nous annonce un triomphe nouveau,
  93. Dieu même, qui toujours se montra pour les braves,
  94. Ne veut pas plus longtemps que nous soyons esclaves
  95. Aux armes ! citoyens ; pour nos droits profanés,
  96. Marchons ; et renversons les traîtres couronnés.
  97. L’hymne des Marseillais, la trompette, le tambour et les clameurs du peuple succédèrent immédiatement à cette exhortation ; et la petite troupe, au bruit du tocsin qui grondait sans repos, marcha vers le haut de la ville. Le combat croissait d’heure en heure plus acharné. Un feu continuel, entretenu par les patriotes, harcelait les Hollandais dans le Parc. Le peuple s’était procuré six pièces de canon. L’ennemi furieux lança des boulets rouges sur la ville ; le Manège (à présent l’Athénée royal) fut bientôt, ainsi que plusieurs maisons, la proie des flammes. D’iniques vengeances furent exercées par les soldats du prince Frédéric ; des hommes inoffensifs furent tués par eux ; des femmes et des jeunes filles lâchement outragées. Le peuple avec son sûr instinct, reconnut là le signe d’un commencement de désespoir, et il redoubla de courage. On déclara les Guillaume et les Nassau déchus à jamais ; un gouvernement provisoire fut nommé.

    La Brabançonne s’improvisa au bruit du canon. Nous pourrions rappeler ici tous les noms qui se sont immortalisés dans ces grandes journées ; mais ce n’est qu’un esquisse que nous traçons ; et le nombre des illustrations est trop grand. En citant les combattants et leurs chefs, les administrateurs dévoués, les femmes, et tous ceux qui, dans cette crise solennelle, ont offert au monde tant de beaux exemples du courage militaire et du courage civil, nous offenserions votre mémoire reconnaissante ; car vous n’avez jamais oublié aucun de ceux qui vous ont fait ce que vous étiez il y a deux mille ans, une nation indépendante.

    Un fleuve de sang, comme l’a dit un écrivain qui prit ses notes sur les barricades, un fleuve de sang séparera maintenant à jamais la Belgique de la Hollande.
    Le 25 septembre, le peuple grandissait à chaque pas. Trois proclamations du gouvernement provisoire dessinaient la position de la ville. Elles assuraient à la cendre des morts la reconnaissance de la patrie et des secours à leurs enfants orphelins ; elles déliaient les Belges de leurs anciens serments ; elles déclaraient les ouvriers combattants de Septembre, armée nationale.
    Pendant ce temps, l’armée hollandaise, que nos canons ravageaient dans le Parc, se réfugiait dans le bas-fond de la Madeleine ; et des bourgeois intrépides plantaient déjà autour d’elle le drapeau aux trois couleurs.

    Le 26, les forces du peuple étaient mieux organisées ; des secours lui arrivaient de toutes parts ; des chefs habiles dirigeaient ses mouvements. On se battit encore tout le jour. On continua de se battre une partie de la nuit ; et le lendemain nous pûmes compter nos morts, et pleurer nos braves, car, à cinq heures du matin l’ennemi avait évacué Bruxelles ; et au lever du soleil on vit flotter sur le Palais le drapeau tricolore.

    La Belgique, ce jour-là, redevint une nation. Le peuple belge revit son nom inscrit dans les fastes des peuples héroïques. Mais le jour qui suit quatre jours de batailles, mais le lendemain d’une victoire n’est pas seulement une journée de triomphe ; les lamentations et le deuil ont aussi là leurs droits lugubres. Des mères se meurtrissaient le sein, des épouses déchiraient leurs vêtements en désordre, des fils sanglotaient sur des cadavres.

    Il fallut enterrer les morts. Beaucoup de noms qui manquaient à l’appel n’étaient plus pour la patrie qu’un souvenir. On voulut qu’un cimetière spécial fût destiné aux mânes de nos martyrs. La Place-Verte fut choisie. Des braves qui s’y étaient donné rendez-vous après la victoire, n’y revinrent que dans le cercueil ; et ce fut dans ce moment que le peuple nomma cette place : Place des Martyrs.

    Les premiers enterrements furent faits dans la soirée du 27, à la lueur des torches ; les prières des morts récitées par les vieillards consacrés au Seigneur ont dû s’élever jusqu’au Ciel, au milieu des sanglots de tout un peuple…

    Citoyens de la Belgique ! quand viendra le 27 de septembre, tous les ans, à l’heure où les ténèbres succèdent au jour, allez aux tombes des martyrs ; et donnez un souvenir et une larme, à ceux qui sont morts pour vous…

    (La Place-Verte qui fut construite et plantée en 1775 et qu’on baptisa du nom du saint patron de Bruxelles, s’est appelée harmonieusement en 1794, époque où les saints étaient proscrits place de la Blanchisserie)

    Historique de L’Eglise Sainte-Gudule

    L’Eglise de Sainte-Gudule, édifice gothique, dont le frontispice est élevé et large, est surmonté de deux belles tours carrées, qu’on n’a pas achevées. De ces deux tours on aperçoit d’un côté Vilvorde, Malines et Anvers ; d’un autre côté on voit Hal et les hauteurs devant Enghien et Ninove : sur l’une de ces tours on a placé en floréal an VIII, le télégraphe qui communiquait avec Paris et Rome. Pour arriver à l’église par le grand escalier, on monte trente-six marches.

    La place où elle est bâtie était jadis entourée d’une balsutrade magnifique en pierre de taille. Ce fut en l’an 1804 qu’elle disparut, et que l’on construisit la place dite plaine Ste-Gudule ; de la principale porte, on arrivait au perron par un large escalier en pierres bleues conduisant à deux autres latéraux, il fut remplacé par celui que nous voyons, en 1806. Lambert Ier, comte de Louvain, qui jeta les fondements de ce beau temple qu’il consacra à Dieu, sous l’invocation de Saint-Michel, établit vers le onzième siècle des prêtres qu’il dota, pour y faire le service divin.

    Liétard, évêque de Cambrai, lui donna en 1134 des marques de sa munificence. En 1202, Henri Ier ratifia toutes les libéralités faites à cette église par ses prédécesseurs et augmenta considérablement son revenu ; Jean Ier, surnommé le Triomphant, après l’avoir fait achever en 1273, lui donna beaucoup de ses biens. Philippe-le-Bon tint en 1435 le premier chapitre de l’ordre de la Toison d’Or en l’église de Sainte-Gudule. En 1481, Henri de Berghes, évêque de Cambrai, y tint un synode diocésain, où l’on régla divers points de discipline ecclésiastique.

    Le 26 octobre 1516, Charles-Quint, en sa qualité de cinquième chef de l’ordre de la Toison d’Or, y tint le XVIII e chapitre, dans lequel il fit une loi en vertu d’une bulle qu’il avait obtenue de Léon X, par laquelle les chevaliers qui ne s’élevaient qu’à trente seraient désormais portés à cinquante. Les armoiries des chevaliers qui assistaient à cette mémorable réunion, ornaient encore, avant l’entrée des Français, les stalles des chanoines.

    En 1534, la vieille chapelle, dite chœur du Saint-Sacrement de Miracles, fut démolie afin d’en construire une autre plus convenable à sa destination. Ce fut Philippe de Lannoy qui, le 18 février de cette année, posa la première pierre du nouveau chœur au nom de Marie, reine de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas. En 1587, le conseil de Brabant et son chancelier voulurent contribuer à l’ornement du nouveau chœur qui fut achevé en 1642 : le chancelier et chacun des conseillers y firent placer un pilier en cuivre avec leurs armes. Le conseil des finances, la chambre des comptes et le magistrat gratifièrent l’église des piliers qui servaient de clôture aux chapelles construites dans les deux nefs.

    La première chapelle du Saint-Sacrement de Miracles avait été bâtie en 1434 sous le règne glorieux de Philippe-le-Bon ; elle est grande et élevée ; cinq fenêtres l’éclairent. Le maître-autel démoli en 1803 était d’ordre composite et régulier ; sur un des petits autels était un beau tableau de Rubens, que possède actuellement le roi de Hollande ; il représente Saint Pierre qui reçoit les clefs du Ciel de la main de Jésus-Christ. Le tabernacle du maître-autel était d’argent massif et confectionné avec des lingots d’argent donnés par quelques famille de Bruxelles ainsi que l’exprimait cette inscription : D.O.M. pop. Brux. Pietas.

    En remplacement de l’ancien autel du Saint-Sacrement, on a placé en partie celui qu’on élevait le jour de la fête du Saint-Sacrement de Miracles. L’architecture de cet autel était d’une magnificence rare ; l’or et l’argent éclataient partout : le fond était tissé d’une étoffe d’or qui fut enlevée aux Turcs à la bataille de Lépante ; Philippe II donna ce tissu à Isabelle qui le consacra à Jésus-Christ. Une balustrade d’argent, monument de la piété du cardinal André, fermait l’enceinte du sanctuaire.

    Les galeries formant le tour du dôme étaient richement ornées d’une balustrade en or et en argent. L’autel portait douze chandeliers d’argent massif et une croix de sept pieds du même métal ; entre les chandeliers étaient des châssis de vermeil : au milieu était le tabernacle en argent massif qui renfermait le Saint-Sacrement de Miracles ; il est d’or pur. Les hosties consacrées sont posées entre deux glaces de cristaux, dans une montre d’argent, environnée de pierres précieuses ; sur le côté droit de l’autel du Saint-Sacrement, on voit la pierre sépulcrale en marbre blanc qui ferme le caveau où furent enterrés en 1621, en habit de récollet, l’archiduc Albert, et en 1633 l’infante Isabelle en costume de religieuse de Sainte Claire ; Joseph-Ferdinand-Léopold de Bavière, décédé en 1699, Marie-Anne, archiduchesse d’Autriche, décédée en 1741, et son enfant décédé en 1744, et le prince Charles de Lorraine, décédé en 1780.
    On lit sur la pierre qui ferme l’entrée, ces mots : monumentum gubernatorum Belgii. Le chœur du Saint-Sacrement, dont le vitrage antique est peint par Roger, est fermé par un beau grillage en fer.

    En 1649 on commença la construction du chœur de Notre-Dame, d’abord de l’Assomption, ensuite de la délivrance. L’archiduc Léopold, gouverneur des Pays-Bas pour Philippe IV, posa la première pierre de ce chœur : il fut achevé en 1653. Le comte Ernest d’Isembourg, président du conseil des finances, ordonna la construction d’un autel en marbre : cet autel porte un tableau de Philippe de Champagne, né à Bruxelles en 1602, représentant l’Assomption de la Mère de Dieu.

    La construction du chœur de la Vierge, dont les fenêtres sont peintes par Delabaer, a coûté 56.823 florins, qu’on recueillit à Bruxelles par plusieurs collectes faites par la bourgeoisie. La veuve de l’échevin de Bruxelles Meghem fit un legs de 18 mille florins à l’église Sainte-Gudule, sous la condition d’ériger un autel en marbre blanc dans le grand chœur de ce temple.

    Cet autel fut commencé en 1743 sur le dessin de l’architecte Donkers. Il est d’ordre composite et d’un goût moderne, orné de sculptures de Deroy père. Aux deux côtés du sanctuaire sont deux statues de Delvaux ; sur l’autel on admire un beau tabernacle. Le Saint-Sacrement y monte et descend dans la main du prêtre au moyen d’un mécanisme facile. Au-dessus de cet autel, à la naissance de la voûte, est une table carrée dont le couronnement est remarquable ; à ce couronnement est suspendue l’armure des ducs de Brabant ; à gauche du chœur est un superbe mausolée de marbre noir nommé le tombeau des ducs de Brabant ; sur le monument repose un lion en cuivre appuyé sur l’écusson du Brabant. Ce lion est de Jérôme de Montfort et pèse six mille livres.

    L’archiduc Albert érigea ce monument à la mémoire de Jean II, duc de Brabant, décédé en 1312, de son épouse Marguerite, fille d’Edouard, roi d’Angleterre, décédée e,n 1318, et de Philippe-le-Bon, décédé en 1467, et dont les cendres reposent au milieu du grand chœur. Vis-à-vis du tombeau des ducs de Brabant est celui de l’archiduc Ernest, mort à Bruxelles en 1595. Ce prince, revêtu de sa cuirasse, est couché, appuyé sur un carreau, son épée est près de lui et à ses pieds se trouve son casque : des deux côtés on voit une cotte d’armes, un sabre, des éperons dorés et des gants ; sur les monuments on lit ces mots : soli Deo gloria.

    Les stalles des chanoines, venant de l’abbaye de Forêt, sont bien achevées, c’est au-dessus de ces stalles qu’on suspend pendant l’octave de la grande kermesse, quatre beaux tapis représentant l’histoire du Saint-Sacrement, confectionnés dans nos fabriques de tapisserie de haute lice. Le grand chœur est haut, parfaitement éclairé, quoique les vitres soient peintes et environnées d’un grillage léger en fer. Son entrée est imposante et magnifique ; elle se compose de deux portes qui se joignent, attenant au grillage ; le tout travaillé en fer, dont le beau noir incrusté d’or fait un effet surprenant. Ce grillage provient de l’abbaye de la Cambre. Avant d’entrer dans le chœur, on voit deux statues de Plumiers, qui représentent la Foi et la Tempérance, provenant de l’abbaye de Grimbergen ; deux autres statues du même maître et venant de la même abbaye, sont placées en perspective sous le jubé. Saint-Jérôme, qui sous le gouvernement révolutionnaire, était placé à l’entrée de l’escalier du Musée, avait été métamorphosé en astronome ; de la tête de mort qu’il tient d’une main, on avait fait un globe, et un téléscope du papier qu’il déroule de l’autre main.

    L’église de Sainte-Gudule est de forme croisée avec trois nefs ; à l’endroit où elle forme la croix, s’élève une tour en forme de pyramide ; dans l’intérieur de cette tour pyramidale on avait placé les petites cloches. La grande nef est séparée des deux autres par douze piliers qui soutiennent la voûte.

    Chaque pilier est orné d’une statue représentant un des douze apôtres ; Saint-Paul, Saint-Thomas, Saint-Barthélémy et Saint-Mathias, sont de Jérôme Duquesnoy, et supérieurs aux autres. On aperçoit au travers du maître-autel, le fond de la chapelle Sainte-Marie-Madeleine qui sert de reposoir.

    Au milieu de la principale nef, on voit la chaire de Vérité ; Henri Verbrugghen l’exécuta en 1699 pour les Jésuites de Louvain. Après leur suppression, Marie-Thérèse l’acheta pour la donner à l’église de Sainte-Gudule, où elle fut posée en 1776. A la base sont Adam et Eve de grandeur naturelle ; on voit l’ange qui les chasse du Paradis terrestre ; dans la partie gauche paraît la mort qui les poursuit. Adam et Eve sont placés de manière à pouvoir soutenir le globe posé au-dessus d’aux. C’est dans la concavité de ce globe que le prédicateur se trouve. Ce globe repose sur un arbre qui s’élève, et sur la cime duquel est un baldaquin soutenu par deux ange, aidés par la Vérité, représentée sous la figure d’une femme. Au-dessous on voit la Sainte-Vierge et l’enfant Jésus placé sur un croissant, et tenant une croix avec laquelle il écrase le serpent, par l’aide de sa mère. Ce croissant qui porte sur des nuages, est entouré de plusieurs anges. Au bas de la chaire sont deux petits escaliers, et sur les troncs d’arbres qui leur servent de rampe on aperçoit divers animaux ; du côté d’Adam, on voit l’autruche et l’aigle, et du côté d’Eve, le paon, le perroquet et le singe. La belle chaire de Vérité qui était de cuivre en fonte massif, fut brisée le 6 juin 1579, lorsque les soldats calvinistes saccagèrent l’église de Sainte-Gudule. Depuis cet événement jusqu’au placement de la nouvelle chaire, on prêcha dans le chœur du Saint-Sacrement.

    L’an 1304, il y a été construit au-dessus du grand portail un superbe jubé que surmonte la statue de Saint-Michel, placée sur l’orgue de devant : au-dessus des tuyaux d’orgue du fond, on voit sur le vitrail le jugement dernier peint par Floris. Dans les deux nefs existaient seize chapelles qui ont été abattues et dépouillées en 1793, lors de la profanation des églises par les sans-culottes. Bonaparte qui avait senti que la morale évangélique, en opérant le bonheur des peuples, était le plus fort lien qui les attachait à leur souverain, ordonna que la collégiale de Bruxelles fut restaurée, et la gratifia, lors de sa première entrée à Bruxelles, d’une somme de 20.000 francs : le roi Guillaume lui donna à l’occasion du jubilé de 1820, 10.000 florins qui furent employés à rendre au premier temple de Bruxelles, sa structure gothique qu’on avait abîmée.

Le Mégot Défi

    Les mégots envahissent nos rues mais aussi nos parcs, nos plages et montagnes. Et, depuis l’interdiction du fumer dans les lieux publics, bars, restaurants notamment, le mégot est devenu roi. De plus, souvent ces lieux ne sont pas équipés de réceptacles appropriés alors on choisit la solution de facilité… Le jeter par terre ! C’est devenu une habitude, un de ces petits gestes qui rythment le quotidien de millions de fumeurs.